Biais cognitifs

D’où viennent les biais cognitifs ? (et qu’est-ce que c’est ?)

On dit souvent que c’est une erreur du cerveau, en fait oui et non. À la base c’est plutôt un point fort du cerveau, il arrive simplement parfois que cela se retourne contre lui. On va voir cela ensemble.

Nous nous sommes tous déjà retrouvé dans une situation où nous nous disons que notre choix était complètement stupide, en y réfléchissant après coup. On se sent bête et nous nous disons qu’une simple réflexion de quelques secondes aurait suffi à comprendre la bêtise que nous nous apprêtons à faire ?

Pourquoi alors nous l’avons fait ?

Il faut premièrement comprendre comment nous faisons nos choix.

Notre cerveau analyse le rapport coûts-bénéfices et essaye de comprendre ce qu’il est intéressant de faire et de ne pas faire. Quel effort mérite d’être fait pour atteindre tel objectif ? Quel objectif mérite tel effort ? Et comment atteindre cet objectif en faisant le moins d’efforts possible ? Voilà ce que se demande votre cerveau.

Vous avez sûrement déjà vécu la fameuse situation où un ami vous dit de regarder un film ou de lire un livre, qui à première vue ne vous intéresse pas du tout. 

Vous vous retrouvez alors face au choix suivant : soit prendre le risque de prendre plusieurs heures de votre temps pour regarder le film ou lire le livre, soit utiliser ces mêmes heures pour votre passe-temps favori.

Le choix le plus rationnel serait de ne pas prendre le risque de perdre votre temps. Et pourtant il vous est déjà arrivé de choisir de regarder le film pour ne pas froisser votre ami, et c’était nul, comme vous l’aviez prédit. 

Pourquoi alors avez-vous choisi cela ??? 

Votre ami était dans l’attente d’une réponse rapide et sous cette pression sociale vous avez dû faire un choix rapide. Le dilemme entre une perte de temps possible et baisser dans l’estime de votre ami et donc potentiellement une perte par rapport à une relation que vous aimez, votre cerveau a choisi de perdre du temps. 

Alors qu’en réalité votre ami aurait surement compris que vous n’étiez pas intéressé et qu’il n’y a rien de grave à cela. Il était plutôt évident que c’était le mauvais choix.

Le point important ici est la rapidité, les biais psychologiques s’activent plus souvent lorsque nous devons prendre une décision relativement rapide. 

Le serveur attend votre commande au restaurant ? Vite, il faut choisir !

Vous devez répondre très rapidement à un message ? Vite, il faut décider quoi répondre !

C’est utile dans la nature… mais pas que !

Rappelons-nous que nous sommes avant tout des animaux. Dans la nature, pas de pitié ! Personne ne va attendre que vous ayez fini de réfléchir à la situation. L’ours en face de vous va vous tuer avant même que vous ayez eu le temps de réfléchir à la meilleure façon de vous en sortir, il faut aller plus vite !

Il est évident que nous pourrions tous prendre le temps de réfléchir précisément à quel choix est le meilleure, faire une grande et longue analyse avant tout nos choix et là nous ferions les bons choix.

Les grandes décisions demandent un temps de réflexion important, on ne peut pas choisir quelle maison acheter sur un coup de tête par exemple.

Mais au quotidien, en situation réelle, nous sommes confrontés à tout un tas de petits choix à faire, pour lesquels nous n’avons pas le temps (et pas l’envie non plus) de prendre plusieurs heures. Nous avons autre chose à faire !

Qui va prendre 2 heures de son temps pour choisir quelles pâtes choisir au supermarché ? Absolument personne.

Ainsi, même si nous ne vivons plus dans la nature et en situation de danger permanent, nous avons quand même besoin d’aller vite. Et notre cerveau a développé la merveilleuse capacité de prendre rapidement des décisions. 

II va prendre des raccourcis. 

Reprenons notre exemple des pâtes : vous êtes devant le rayon rempli de paquet de pâtes et vous êtes pressé, vous n’avez pas le temps de réfléchir à ce qu’il faut prendre. Votre cerveau va devoir décider très rapidement.

Soit vous allez prendre le premier paquet que vous voyez et donc celui dont le paquet est de couleur vive et à hauteur des yeux, soit un au hasard, soit celui que vous avez l’habitude de prendre et dont vous connaissez l’emplacement exact. 

Ici cela s’est avéré très utile et vous avez gagné du temps en ne changeant presque rien au final. Mais il peut en être autrement et c’est là que les biais cognitifs entrent en jeu…

Vous pouvez être victime de ces raccourcis de la pensée. 

Si vous voyez une foule de gens courir dans un sens mais que vous ne voyiez pas ce qu’ils semblent fuir, vous allez courir avec eux sans vraiment savoir pourquoi. Au cas où ! 

Ne vous inquiétez pas, vous n’êtes pas stupide, c’est votre instinct de survie qui prend le dessus. Si vous voyez 100 personnes courir dans un sens vous allez penser qu’il y a un danger à fuir et c’est tout à fait normal de se mettre à courir.

Sauf qu’il n’y avait peut-être rien à fuir… Le mouvement peut venir de quelques enfants qui ont eu peur d’un chien un peu agressif et qui se sont mis à courir, entrainant alors leurs parents, puis les passants puis nous nous retrouvons avec toute une foule qui coure sans trop savoir pourquoi. 

Simplement si un vrai danger avait été là et que vous aviez pris le temps d’attendre de comprendre pourquoi la foule courait, vous seriez sûrement mort juste après, mangé par des bêtes sauvages ou englouti par un tsunami qui faisait fuir la foule.

Plus généralement un biais cognitif est une erreur dans le traitement d’une information.

Et il en existe de plusieurs types : des biais sensori-moteurs, biais attentionnels, biais mnésique, biais de jugement, biais de raisonnement, biais liés à la personnalité, etc.

Dans les plus connus, on compte ces deux-là, auxquels vous avez déjà dû faire face :

L’effet de halo : il décrit le fait que notre perception sélectionne les informations qui vont venir confirmer ce que l’on cherche à prouver, en ignorant tout ce qui contredirait notre avis.

Le biais de confirmation d’hypothèse : c’est le fait de préférer les éléments qui confirment plutôt que ceux qui infirment une hypothèse.

Ces deux biais cognitifs vont souvent ensemble. Au quotidien nous n’avons pas toujours le temps et la volonté de remettre en question notre point de vue. Nous préférons alors nous conforter dans nos préjugés. Notre cerveau va alors trier ce qui s’y opposerait pour gagner du temps et de l’énergie.

Le problème commence ici…

On peut résumer le problème de nos exemples précédents en 3 points :

-Le besoin de vitesse

-La flemme

-L’habitude de la flemme et de la réponse rapide.

Notre cerveau ne réagit pas seulement au besoin de prendre une décision rapide, il développe l’habitude de le faire. Il devient flemmard et préfère utiliser ses outils pour vite passer à autre chose. Puis il va prendre l’habitude de fonctionner comme ceci. Il est bien plus agréable de ne pas se fatiguer en se laissant aller à des raccourcis de la pensée. 

Mais ces raccourcis sont censés être des outils pour des situations particulières, pas remplacer une vraie réflexion ! 

Comme nous l’avons vu avec l’effet de Halo et le biais de confirmation, en utilisant ces 2 biais, nous n’allons regarder que les informations qui nous plaisent ou confirment nos idées reçues. Ainsi notre esprit va pouvoir rapidement passer à autre chose et ne plus se prendre la tête avec ça. 

Il va s’autopersuader de déjà savoir, d’avoir déjà raison, pour ne pas faire l’effort d’une plus grande réflexion et vite passer à autre chose. 

On gagne de l’énergie sur le court terme, ça c’est sûr. Mais imaginez les décisions catastrophiques que cela peut vous faire prendre…

Imaginez que vous avez besoin d’acheter une maison : vous allez commencer à regarder les annonces des agences immobilières puis visiter des maisons. Ce n’est donc pas un choix que vous allez devoir faire rapidement mais qui demande une longue réflexion.

C’est le choix de là où vous allez vivre, pas du goût des yaourts que vous allez acheter !

Même si vous prenez le temps de bien y réfléchir, des biais peuvent vous influencer en plus du prix, de vos goûts et de la localisation. Faites attention, si l’on vous fait visiter une maison très moyenne, un peu miteuse, pas trop à votre goût, vous n’allez pas la choisir c’est évident. Et si l’on vous fait visiter ensuite une maison qui correspond parfaitement à ce que vous recherchez mais beaucoup trop chère, il en sera de même.

Mais si juste après la visite de ces deux maisons, l’agent immobilier vous fait visiter une maison qui correspond à ce que vous cherchez, le tout pour un prix honnête, vous allez très certainement choisir celle-ci et la voir comme ce qu’il vous faut et donc l’acheter.

Où est le problème ? Me direz-vous. En réalité le logement dont vous allez devenir l’heureux propriétaire est peut-être très bien mais la valeur que vous lui avez attribué a été influencé. Votre cerveau l’a comparé avec les deux précédentes maisons. En comparaison au taudis c’est un palace et en comparaison à la maison beaucoup trop chère c’est une affaire en or !

Si on vous avait proposé cette habitation au milieu de deux autres similaires et au même prix, vous ne l’auriez peut-être pas trouvé si incroyable. Vous ne seriez donc sûrement pas passé à l’achat.

Vous vous êtes fait avoir par le biais de comparaison. Qui n’en est qu’un parmi une liste très longue.

Il en existe des tonnes !

En voici quelques-uns :

Le biais d’auto-complaisance : se croire à l’origine de ses réussites, mais pas de ses échecs.

L’effet Dunning-Kruger : les moins compétents dans un domaine surestiment leur compétence, alors que les plus compétents ont tendance à sous-estimer leur compétence.

Le biais de disponibilité : ne pas chercher d’autres informations que celles immédiatement disponibles.

Le biais des coûts irrécupérables : considérer les coûts déjà engagés dans une décision. (Lorsque vous vous dites que tout de même, vous avez payé cher pour cette place de concert, il serait dommage de ne pas y aller. Alors que dans tous les cas, vous avez déjà payé. Si vous n’avez plus envie d’y aller, vous aurez payé le même prix que vous y alliez ou choisissiez finalement de faire autre chose).

Et bien d’autres encore…

Nous aurons tout le temps de les voir ensemble petit à petit dans d’autres articles puis d’apprendre à les repérer et les contrer. Notons d’ailleurs que le besoin de vitesse n’est pas toujours ce qui nous pousse au biais cognitif !

Le besoin de sens ou un trop-plein d’informations peuvent pousser notre cerveau à prendre des raccourcis. Mais la volonté d’un gain de temps et d’énergie est toujours là.

Le véritable intérêt dans la connaissance de ces raccourcis logiques, c’est de savoir comment s’en servir à son avantage. On parle souvent de connaître les biais cognitifs pour les éviter, améliorer nos raisonnements, ne plus se faire avoir par eux.

Vous devez être agacés de lire encore et encore de simples descriptions de biais cognitifs. C’est loin d’être inintéressant, mais vous chercher ce que l’on peut en faire de plus concrètement.

C’est ce que je vais chercher pour vous dans mes futurs articles et mails. Inscrivez-vous à la newsletter pour ne rien manquer ! 

A bientôt ! 

Jean.

PS : Sur ce blog je parle aussi des sophismes (ces arguments qui ne sont valides qu’en apparence), n’hésitez pas à aller jeter un oeil.

Merci de votre attention et bon courage dans votre combat contre les illusions logiques !

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